Thursday, 3 November 2016

Opposition à la mise en contexte biographique lors de l'introduction à un penseur

    Face à la tâche de devoir écrire un texte afin d'introduire la pensée d'un auteur à un public qui n'en connait de prime abord rien du tout, plusieurs semblent ressentir l'irrépressible envie de commencer leur texte par une mise en contexte biographique du penseur. Ils écrivent sur les évènements de sa vie, ses études, ses influences. L'objectif est sans doute de permettre aux lecteurs de situer la pensée qui sera présentée dans un développement intellectuel et historique.
    Malheureusement, un problème survient lorsque le lecteur ne connait à peu près rien au sujet des références mentionnées. Qu'importe de dire que la pensée de Kant a été écrite en réponse à celle de Hume si le lecteur ne connait ni l'un ni l'autre.
    Je ne cherche pas à dire que la mise en contexte des oeuvres intellectuelles est sans importance, seulement, elle ne devrait pas être un des objectifs principaux d'un ouvrage introductif. Si une idée vaut la peine d'être partagée, elle doit au moins être capable de se tenir par elle-même lorsqu'on en trace les grandes lignes. Les mises en contexte et les débats viendront jouer leur rôle plus tard dans l'apprentissage.

    Mais pourquoi est-ce important? À la limite, une partie du texte n'est pas intéressante, mais elle ne nuit pas à l'apprentissage de la pensée présentée, n'est-ce pas? Et bien, si, il me semble que cette présentation biographique est nuisible.
    D'abord, si le lecteur ne connait pas les références qui sont présentées, son intérêt pour le texte ira en diminuant. Plutôt que de se voir présenter une idée intéressant qui l'amène à réfléchir, il se retrouve face à une liste de noms qu'il ne connait pas. Les risques qu'il souhaite aller rapidement augmentent et il pourrait se contenter de survoler la partie du texte qui aurait principalement dû retenir son intérêt, particulièrement dans un contexte académique où le texte n'est pas nécessairement lu par intérêt, mais souvent par obligation.
    Ensuite, les efforts que l'auteur du texte introductif accorde à l'écriture d'une biographie sont des efforts qu'il ne place pas dans la rédaction de la partie qui importe vraiment: la vulgarisation d'une idée parfois complexe. C'est sans doute là le plus grand crime de ces introductions biographique: elles donnent l'impression à l'auteur d'avoir fourni un travail suffisant et donc de justifier que son texte est achevé plus tôt que c'eut été le cas s'il n'avait pas perdu son temps avec des lignes souvent inutiles pour son futur lecteur.


    En somme, il me semble important pour un bon auteur d'ouvrage introductif de prendre en considération son public qui n'a généralement pas encore une culture suffisamment développée du sujet pour qu'une myriade de noms lui dise quoi que ce soit.