Face à la tâche de devoir écrire un texte afin d'introduire la
pensée d'un auteur à un public qui n'en connait de prime abord rien
du tout, plusieurs semblent ressentir l'irrépressible envie de
commencer leur texte par une mise en contexte biographique du
penseur. Ils écrivent sur les évènements de sa vie, ses études,
ses influences. L'objectif est sans doute de permettre aux lecteurs
de situer la pensée qui sera présentée dans un développement
intellectuel et historique.
Malheureusement, un problème survient lorsque le lecteur ne connait
à peu près rien au sujet des références mentionnées. Qu'importe
de dire que la pensée de Kant a été écrite en réponse à celle
de Hume si le lecteur ne connait ni l'un ni l'autre.
Je ne cherche pas à dire que la mise en contexte des oeuvres
intellectuelles est sans importance, seulement, elle ne devrait pas
être un des objectifs principaux d'un ouvrage introductif. Si une
idée vaut la peine d'être partagée, elle doit au moins être
capable de se tenir par elle-même lorsqu'on en trace les grandes
lignes. Les mises en contexte et les débats viendront jouer leur
rôle plus tard dans l'apprentissage.
Mais pourquoi est-ce important? À la limite, une partie du texte
n'est pas intéressante, mais elle ne nuit pas à l'apprentissage de
la pensée présentée, n'est-ce pas? Et bien, si, il me semble que
cette présentation biographique est nuisible.
D'abord, si le lecteur ne connait pas les références qui sont
présentées, son intérêt pour le texte ira en diminuant. Plutôt
que de se voir présenter une idée intéressant qui l'amène à
réfléchir, il se retrouve face à une liste de noms qu'il ne
connait pas. Les risques qu'il souhaite aller rapidement augmentent
et il pourrait se contenter de survoler la partie du texte qui aurait
principalement dû retenir son intérêt, particulièrement dans un
contexte académique où le texte n'est pas nécessairement lu par
intérêt, mais souvent par obligation.
Ensuite, les efforts que l'auteur du texte introductif accorde à
l'écriture d'une biographie sont des efforts qu'il ne place pas dans
la rédaction de la partie qui importe vraiment: la vulgarisation
d'une idée parfois complexe. C'est sans doute là le plus grand
crime de ces introductions biographique: elles donnent l'impression à
l'auteur d'avoir fourni un travail suffisant et donc de justifier que
son texte est achevé plus tôt que c'eut été le cas s'il n'avait
pas perdu son temps avec des lignes souvent inutiles pour son futur
lecteur.
En somme, il me semble important pour un bon auteur d'ouvrage
introductif de prendre en considération son public qui n'a
généralement pas encore une culture suffisamment développée du
sujet pour qu'une myriade de noms lui dise quoi que ce soit.